Pourquoi avez-vous voulu devenir professeur des écoles ?

Au début, j'hésitais entre deux métiers : vétérinaire et maîtresse. J'ai commencé par me former au premier. Mais pendant la prépa, je me suis rendue compte que je supportais très mal la vivisection. J'ai alors préféré m'orienter vers l'enseignement. J'aime être au contact des enfants. D'ailleurs, je le suis depuis mes 17 ans. J'ai passé toutes mes vacances à animer puis à diriger des colos.

 

Comment avez-vous préparé le concours ?

Mes deux ans de prépa vétérinaire équivalaient à deux ans de licence. J'ai suivi la troisième année à Orsay. C'était la licence pluridisciplinaire qui préparait au concours de professeur des écoles. Ensuite je suis entrée à l'IUFM où j'ai fait une année au lieu de deux. C'était juste avant la mise en place du nouveau concours. Une fois lauréate, j'ai été six semaines en stage dans une classe de CP avant de me retrouver seule à temps complet devant des élèves. J'avais alors 21 ans.

 

Étiez-vous angoissée face à votre première classe ?

Non, j'étais plutôt à l'aise et confiante grâce à mon expérience d'animatrice. Par contre, j'étais stressée de me retrouver devant les parents. Comme j'étais très jeune, ils ont bien vu que je débutais. Sans doute se posaient-ils des questions sur ma légitimité à enseigner. Il a fallu que je leur explique ce que je comptais faire avec leurs enfants et les rassurer. Cette confrontation était assez difficile et m'angoisse même encore aujourd'hui.

 

Depuis 5 ans, vous alternez les écoles, les classes et les niveaux. Avez-vous une préférence entre la maternelle et l'élémentaire ?

J'ai un faible pour la maternelle. C'est plus fatiguant d'y enseigner car les enfants sont petits et exigent une attention constante. Par contre, on est libre d'organiser les séances et les contenus des apprentissages comme on veut, de varier les thèmes, les approches. On n'est pas coincé dans un programme lourd et figé. Ce qui n'est pas le cas en élémentaire. Par exemple, pour faire apprendre les fractions à des CM1, il faut suivre des méthodes très précises. Certains enseignants s'y conforment très bien. Mais j'avoue que ce manque de liberté me convient moins. En élémentaire, il faut aussi compter une à deux heures de travail en plus le soir et les week-ends pour corriger les copies.

 

Qu'appréciez-vous le plus dans votre métier ?

J'aime aider les enfants à grandir, à évoluer, les voir progresser à force de travail et d'enthousiasme. Ils ont une telle envie d'apprendre. C'est très gratifiant. C'est en maternelle qu'on leur enseigne toutes les bases, celles qui leur serviront plus tard, comme tenir un crayon et une paire de ciseaux, être assis, se taire, attendre, sauter, courir, vivre en groupe avec un seul adulte, bien se comporter avec d'autres enfants… C'est une grande responsabilité mais c'est avec des enfants de cet âge que l'on peut la prendre car ils sont très réceptifs et demandeurs.

 

Qu'aimez-vous le moins ?

Je n'aime pas le côté administratif de la profession, les heures de formation et les réunions qui ne me semblent pas toutes nécessaires.

 

Quels sont les impacts de la réforme des rythmes scolaires sur votre métier ?

Cette réforme a beaucoup de conséquences. D'une part sur les enfants. Ils sont beaucoup plus fatigués, intenables le jeudi et surtout malades en permanence : j'ai eu entre 4 et 8 absents par jour en janvier et février. D'autre part, des impacts sur ma propre fatigue : je me lève un matin de plus, j'ai deux trajets de plus à faire et moins de temps pour la préparation. Enfin, le temps d'enseignement s'est raccourci. Il faut donc se dépêcher pour réussir à travailler.

 

En débutant dans le métier, un professeur des écoles est souvent à la merci d'affectations aléatoires. Comment vit-on cette réalité ?

Difficilement. On est baladé d'une école à une autre en fonction des places de libre et on ne choisit pas son niveau. La plupart des débutants travaille à mi-temps ou en quart-temps. C'est très dur, on vit très mal de ne pas avoir sa propre classe. Parfois, l'affectation tombe deux jours avant la rentrée ou quinze jours après. Moi on m'a envoyée ici la veille pour prendre en charge la grande section. Par chance, j'ai pu m'appuyer sur l'aide d'une ATSEM. Mais je n'ai pas vraiment eu le temps de me préparer alors que les premiers jours dans une classe sont cruciaux. On peut aussi se retrouver seul face à une classe difficile avec des enfants violents, des CM1 plus grands que vous qui vous font des doigts d'honneur et vous insultent. Ce qui fut mon cas. Heureusement l'équipe d'enseignants était très soudée et s'entraidait. Il faut aussi savoir que certains lauréats du concours peuvent être envoyés sans aucune formation dans une classe de Segpa face à des collégiens en difficulté, dans un lycée devant des jeunes ayant des troubles mentaux (dispositif ULIS) ou face à des écoliers présentant un même handicap comme l'autisme par exemple (CLIS).

 

Pour autant, cela ne semble pas vous avoir découragée…

Non, car j'adore mon métier. Etre en maternelle est ce qui me correspond le mieux. C'est une véritable passion. Elle aide à supporter la roulette des affectations, le salaire de 10 mois réparti sur 12, les heures en réunion non payées, toute la préparation du travail en dehors des cours, les critiques… On entend souvent dire que les enseignants de maternelle font de la garderie. Je défie quiconque de mettre son enfant de 6 ans directement en CP sans passer par la maternelle.

 

Comment voyez-vous votre avenir ?

Je me vois à temps complet dans ma classe avec mes élèves. Je n'aimerais pas prendre la direction d'une école. Je tiens trop à garder le contact avec les enfants. Etre à la fois institutrice et directrice d'école demande énormément de travail, beaucoup trop par rapport à la prime…

 

Auriez-vous quelques conseils à donner à de futurs professeurs des écoles ?

Avant de passer le concours, je leur conseille de se mettre en contact avec un groupe d'enfants dans un centre de loisirs ou une colonie de vacances. Il ne suffit pas de s'être occupé de son petit frère ou de sa petite sœur, d'avoir fait quelques heures de baby sitting ou d'aimer « en général » les enfants. En gérer plusieurs en même temps, c'est totalement différent. Je pense que cette expérience est à acquérir pour savoir si on arrive à bien communiquer avec eux, à instaurer un bon contact, à garder le contrôle de soi face aux plus intenables d'entre eux.